—Oh! seigneur maître, savant oui, sorcier non.
—Tant pis, un sorcier compléterait notre joyeux sanhédrin.—Seigneurs mes hôtes, buvons pour rendre la parole à ce vieux savant, qui va égayer notre souper. À la santé du pendu d’aujourd’hui, frère prédicateur! Eh bien! père ermite, vous refusez ma bière? L’ermite avait en effet tiré de dessous sa robe une grande gourde pleine d’une eau très claire, dont il remplit son verre.
—Parbleu! ermite de Lynrass, s’écria le bourreau, si vous ne goûtez pas de ma bière, je goûterai de cette eau que vous lui préférez.
—Soit, répondit l’ermite.
—Otez d’abord votre gant, révérend frère, répliqua le bourreau; on ne verse à boire qu’à main nue.
L’ermite fit un signe de refus.
—C’est un vœu, dit-il.
—Versez donc toujours, dit le bourreau.
À peine Orugix eut-il porté son verre à ses lèvres, qu’il le repoussa brusquement, tandis que l’ermite vidait le sien d’un trait.
—Par le calice de Jésus, révérend ermite, quelle est cette liqueur infernale? je n’en ai point bu de pareille, depuis le jour où je faillis me noyer dans ma navigation de Copenhague à Drontheim. En vérité, ermite, ce n’est pas de l’eau de la source de Lynrass; c’est de l’eau de mer.