Le ministre se leva, et dit d’une voix égale et d’un air tranquille:

—Mon fils, c’est moi qui suis Athanase Munder.

À ce nom la colère s’alluma dans tous les traits d’Orugix, il s’élança brusquement de son siège. Puis son regard irrité rencontra le regard calme et bienveillant de l’aumônier, et il vint se rasseoir lentement, muet et confus.

Il se fit un moment de silence. Ordener, qui s’était levé de table, prêt à défendre le prêtre, le rompit le premier.

—Nychol Orugix, dit-il, voici treize écus pour vous dédommager de la grâce des condamnés.

—Hélas! interrompit le ministre, qui sait si je l’obtiendrai? Il faudrait que je pusse parler au fils du vice-roi, car cela dépend de son mariage avec la fille du chancelier.

—Seigneur aumônier, répondit le jeune homme d’une voix ferme, vous l’obtiendrez. Ordener Guldenlew ne recevra pas l’anneau nuptial, que les fers de vos protégés ne soient rompus.

—Jeune étranger, vous n’y pouvez rien; mais Dieu vous entende et vous récompense!

Cependant, les treize écus d’Ordener avaient achevé ce que le regard du prêtre avait commencé. Nychol, entièrement apaisé, reprit sa gaieté.

—Tenez, révérend aumônier, vous êtes un brave homme, digne de desservir la chapelle de Saint-Hilarion; j’en disais de vous plus que je n’en pensais. Vous marchez droit dans votre sentier, ce n’est pas votre faute s’il croise le mien. Mais celui auquel j’en veux, c’est le gardien des morts de Drontheim, ce vieux magicien, concierge du Spladgest. Quel est son nom déjà? Spliugry?... Spadugry?... Dites-moi, mon vieux docteur, vous qui êtes une Babel de science, vous qui connaissez tout, vous ne pourriez pas m’aider à trouver le nom de ce sorcier, votre confrère? Vous avez dû le rencontrer quelquefois, les jours de sabbat, chevauchant en l’air sur un balai?