Spiagudry, justement alarmé de cette prosopographie, raffermit en hâte sa perruque.
—Il a, continua l’ermite, les mains longues comme celles d’un voleur qui n’a pas rencontré de voyageur depuis huit jours, le dos courbé...
Spiagudry se redressa de son mieux.
—Du reste, on pourrait le prendre pour un des cadavres qu’il garde, s’il n’avait les yeux aussi perçants. Spiagudry porta la main à son emplâtre protecteur.
—Merci, père, dit le bourreau à l’ermite; en quelque lieu que je le trouve, je reconnaîtrai maintenant le vieux juif.
Spiagudry, qui était très bon chrétien, révolté de cette intolérable injure, ne put réprimer une exclamation.
—Juif, maître!
Puis il s’arrêta tout court, tremblant d’en avoir trop dit.
—Eh bien, juif ou païen, qu’importe, s’il a des relations avec le diable, comme on le dit!
—Je le croirais volontiers, reprit l’ermite avec un sourire sardonique que son capuchon ne cachait pas entièrement, s’il n’était pas si poltron. Mais comment pourrait-il pactiser avec Satan? il est aussi lâche que méchant. Quand la peur le prend, il ne se connaît plus.