Ordener chercha à le rassurer.

—Ne craignez rien, vieillard; servez-moi bien, je vous protégerai de même. Si je reviens vainqueur de Han, je vous promets non-seulement votre grâce, mais encore l’abandon des mille écus royaux qui sont offerts par la justice.

L’honnête Benignus aimait extraordinairement la vie, mais il aimait l’or prodigieusement. Les promesses d’Ordener furent comme des paroles magiques; non-seulement elles bannirent toutes ses frayeurs, mais encore elles réveillèrent en lui cette sorte d’hilarité loquace, qui s’épanchait en longs discours, en gesticulations bizarres et en savantes citations.

—Seigneur Ordener, dit-il, quand je devrais subir à ce sujet une controverse avec Over-Bilseuth, autrement dit le Bavard, non, rien ne m’empêcherait de soutenir que vous êtes un sage et honorable jeune homme. Quoi de plus digne et de plus glorieux en effet, quid cithara, tuba, vel campana dignius, que d’exposer noblement sa vie pour délivrer son pays d’un monstre, d’un brigand, d’un démon, en qui tous les démons, les brigands et les monstres semblent réunis?—Qu’on ne m’aille pas dire qu’un sordide intérêt vous guide! le noble seigneur Ordener abandonne le salaire de son combat au compagnon de son voyage, au vieillard qui l’aura conduit seulement à un mille de la grotte de Walderhog; car, n’est-il pas vrai, jeune maître, que vous me permettrez d’attendre le résultat de votre illustre entreprise au hameau de Surb, situé à un mille du rivage de Walderhog, dans la forêt? Et quand votre éclatante victoire sera connue, seigneur, ce sera dans toute la Norvège une joie pareille à celle de Vermund le Proscrit, quand, du sommet de ce même rocher d’Oëlmoe que nous côtoyons maintenant, il aperçut le grand feu que son frère Hafdan avait allumé, en signe de délivrance, sur le donjon de Munckholm.

À ce nom, Ordener interrompit vivement:

—Quoi! du haut de ce rocher on aperçoit le donjon de Munckholm?

—Oui, seigneur, à douze milles au sud, entre les montagnes que nos pères nommaient les Escabelles de Frigga. À cette heure on doit voir parfaitement le phare du donjon.

—Vraiment! s’écria Ordener, qui s’élançait vers l’idée de revoir encore une fois le lieu où était tout son bonheur. Vieillard, il y a sans doute un sentier qui conduit au sommet de ce rocher?

—Oui, sans doute; un sentier qui prend naissance dans le bois où nous allons entrer, et s’élève, par une pente assez douce, jusqu’à la tête nue du rocher, sur laquelle il se continue en gradins taillés dans le roc par les compagnons de Vermund le Proscrit, au château duquel il aboutit. Ce sont ces ruines, que vous pouvez voir au clair de la lune.

—Eh bien, vieillard, vous allez m’indiquer le sentier; c’est dans ces ruines que nous passerons la nuit, dans ces ruines d’où l’on voit le donjon de Munckholm.