Le messager, introduit, remit un paquet au gouverneur.
—Votre excellence, dit-il, c’est de la part de sa sérénité le vice-roi.
Le général ouvrit précipitamment la dépêche.
—Par saint Georges, s’écria-t-il avec un mouvement de surprise, je crois qu’ils sont tous fous! Ne voilà-t-il pas le vice-roi qui m’invite à me rendre près de lui, à Berghen? C’est, dit-il, pour une affaire pressante, d’après l’ordre du roi.—Voilà une affaire pressante qui choisit bien son moment.—«Le grand-chancelier, qui visite actuellement le Drontheimhus, suppléera à votre absence....»—C’est un suppléant auquel je ne me fie guère!—«L’évêque l’assistera....»—En vérité, Frédéric choisit là de bons gouverneurs pour un pays révolté; deux hommes de robe, un chancelier et un évêque!—Allons cependant, l’invitation est expresse, c’est l’ordre du roi. Il faut s’y rendre. Mais avant mon départ je veux voir Schumacker, et l’interroger.—Je sens bien qu’on veut m’engloutir dans un chaos d’intrigues, mais j’ai pour me diriger une boussole qui ne me trompe jamais,—c’est ma conscience.
XXI
Il semble que tout prenne une voix pour l’accuser
de son crime.
Caïn, tragédie
—Oui, seigneur comte, c’est aujourd’hui même, dans la ruine d’Arbar, que nous pourrons le rencontrer. Une foule de circonstances me font croire à la vérité de ce renseignement précieux, que j’ai recueilli hier soir par hasard, comme je vous l’ai conté, dans le village d’Oëlmoe.
—Sommes-nous loin de cette ruine d’Arbar?
—Mais c’est auprès du lac de Smiasen. Le guide m’a assuré que nous y serions avant le milieu du jour.