Ainsi s’entretenaient deux personnages à cheval et enveloppés de manteaux bruns, lesquels suivaient de grand matin une de ces mille routes sinueuses et étroites qui traversent en tous sens la forêt située entre les lacs de Smiasen et de Sparbo. Un guide des montagnes, muni de sa trompe et armé de sa hache, les précédait sur son petit cheval gris, et derrière eux marchaient quatre autres cavaliers armés jusqu’aux dents, vers lesquels ces deux personnages tournaient de temps en temps la tête, comme s’ils craignaient d’en être entendus.
—Si ce brigand islandais se trouve en effet dans la ruine d’Arbar, disait celui des deux interlocuteurs dont la monture se tenait respectueusement un peu en arrière de l’autre, c’est un grand point de gagné, car le difficile était de rencontrer cet être insaisissable.
—Vous croyez, Musdœmon? Et s’il allait rejeter nos offres?
—Impossible, votre grâce! de l’or et l’impunité, quel brigand résisterait à cela?
—Mais vous savez que ce brigand n’est pas un scélérat ordinaire. Ne le jugez donc pas à votre mesure; s’il refusait, comment rempliriez-vous la promesse que vous avez faite dans la nuit d’avant-hier aux trois chefs de l’insurrection?
—Eh bien, noble comte, dans ce cas, que je regarde comme impossible, si nous avons le bonheur de trouver notre homme, votre grâce a-t-elle oublié qu’un faux Han d’Islande m’attend dans deux jours à l’heure fixée, au lieu du rendez-vous assigné aux trois chefs, à l’Étoile-Bleue, endroit d’ailleurs assez voisin de la ruine d’Arbar?
—Vous avez raison, toujours raison, mon cher Musdœmon, dit le noble comte; et ils retombèrent tous deux dans leur cercle particulier de réflexions.
Musdœmon, dont l’intérêt était de tenir le maître en bonne humeur, fit, pour le distraire, une question au guide.
—Brave homme, quelle est cette espèce de croix de pierre dégradée qui s’élève là-haut, derrière ces jeunes chênes?
Le guide, homme au regard fixe, à la mine stupide, tourna la tête et la secoua à plusieurs reprises en disant: