—Vous avez raison.

Le gouverneur voulut encore ramener la conversation au but de sa visite. Mais Schumacker l’arrêta.

—De grâce, s’il est vrai que ce Levin du Mecklembourg ne vous soit pas inconnu, laissez-moi parler de lui. De tous les hommes que j’ai vus dans mes temps de grandeur, c’est le seul dont le souvenir ne m’apporte ni dégoût ni horreur. S’il poussait la singularité jusqu’à la folie, il n’en était pas moins, par ses nobles qualités, un homme tel qu’il y en a bien peu.

—Je ne pense pas de même. Ce Levin n’avait rien de plus que les autres hommes. Il y en a beaucoup même qui valent mieux que lui.

Schumacker croisa les bras, en levant les yeux au ciel.

—Oui, voilà bien comme ils sont tous! On ne peut louer devant eux un homme digne de louange, qu’ils ne cherchent aussitôt à le noircir. Ils empoisonnent jusqu’au plaisir de louer justement. Il est cependant assez rare.

—Si vous me connaissiez, vous ne m’accuseriez pas de noirceur envers le gén...—c’est-à-dire, le capitaine Levin.

—Laissez-moi, laissez-moi, dit le prisonnier, pour la loyauté et la générosité il n’y a jamais eu deux hommes comme ce Levin de Knud, et dire le contraire, c’est à la fois le calomnier et louer démesurément cette exécrable race humaine!

—Je vous assure, reprit le gouverneur, cherchant à calmer la colère de Schumacker, que je n’ai eu contre Levin de Knud aucune intention perfide.

—Ne dites pas cela. Bien qu’il fût insensé, tous les hommes sont loin de lui ressembler. Ils sont faux, ingrats, envieux, calomniateurs. Savez-vous que Levin de Knud donnait aux hôpitaux de Copenhague plus de la moitié de son revenu?