—J’ignorais que vous en fussiez instruit.

—C’est cela! s’écria le vieillard d’un air triomphant. Il espérait pouvoir le flétrir en toute sûreté, dans la confiance que j’ignorais les bonnes actions de ce pauvre Levin!

—Mais non, mais non!

—Pensez-vous que je ne sais pas encore qu’il fit donner le régiment que le roi lui destinait, à un officier qui l’avait blessé en duel, lui, Levin de Knud, parce que, disait-il, l’autre était plus ancien que lui?

—Je croyais cependant cette action secrète.

—Dites-moi donc, seigneur gouverneur du Drontheimhus, est-ce que pour cela elle en est moins belle? Parce que Levin cachait ses vertus, est-ce une raison pour les nier? Oh! que les hommes sont bien les mêmes! Oser confondre avec eux le noble Levin, lui qui, n’ayant pu sauver un soldat convaincu d’avoir voulu l’assassiner, fit une pension à la veuve de son meurtrier!

—Eh! qui n’en eût pas fait autant? Ici Schumacker éclata.

—Qui? vous! moi! tous les hommes, seigneur gouverneur! Parce que vous portez le brillant costume de général et des plaques d’honneur sur votre poitrine, croyez-vous donc à votre mérite? Vous êtes général, et le malheureux Levin sera mort capitaine. Il est vrai que c’était un fou, et qu’il ne songeait pas à son avancement.

—S’il n’y a point songé lui-même, la bonté du roi y a songé pour lui.

—La bonté? dites la justice! si pourtant on peut dire la justice d’un roi. Eh bien! quelle insigne récompense lui a-t-on donnée?