—Loup de Smiasen, dit l’homme triomphant, tu déchires ma casaque, mais ta peau la remplacera.
Au moment où il mêlait à ces paroles de victoire quelques paroles d’un jargon bizarre, un effort convulsif du loup à l’agonie le fit trébucher contre les pierres qui parsemaient la salle. Ils tombèrent tous deux, et les rugissements de l’homme se confondirent avec les hurlements de la bête.
Obligé dans sa chute de lâcher le gosier du loup, le petit homme sentait déjà les dents tranchantes s’enfoncer dans son épaule, quand, en se roulant l’un sur l’autre, les deux combattants heurtèrent une énorme masse blanche velue qui gisait dans la partie la plus ténébreuse de la salle.
C’était un ours, qui se réveilla de son lourd sommeil en grondant.
À peine les yeux paresseux de ce nouveau personnage se furent-ils assez ouverts pour distinguer la lutte, qu’il se précipita avec fureur, non sur l’homme, mais sur le loup qui en ce moment triomphait à son tour, le saisit violemment de sa gueule par le milieu du corps, et dégagea ainsi le combattant à face humaine.
L’homme, loin de se montrer reconnaissant d’un si grand service, se releva tout ensanglanté, et, s’élançant sur l’ours, lui donna un vigoureux coup de pied dans le ventre, comme un maître à son chien lorsqu’il a commis quelque faute.
—Friend! qui est-ce qui t’appelle? De quoi te mêles-tu?
Ces mots étaient entrecoupés d’interjections furibondes et de grincements de dents.
—Va-t’en! ajouta-t-il en rugissant. L’ours, qui avait reçu à la fois un coup de pied de l’homme et un coup de dent du loup, fit entendre une sorte de murmure plaintif; puis, baissant sa lourde tête, il lâcha l’animal affamé, qui se jeta sur l’homme avec une rage nouvelle.
Pendant que la lutte continuait, l’ours rebuté retourna à la place où il dormait, s’assit gravement en laissant errer sur les deux ennemis furieux un regard indifférent, et garda le plus paisible silence, en passant alternativement chacune de ses pattes de devant sur l’extrémité de son museau blanc.