—Tranquillisez-vous, sœur, vous n’aurez plus à le craindre demain. Oui, c’est un ours en effet que j’ai aperçu à deux milles environ de Surb; un ours blanc. Il paraissait emporter un homme, ou un animal plutôt.

—Mais non, ce pouvait être un chevrier qu’il enlevait, car les chevriers se vêtissent de peaux de bêtes.—Au reste, l’éloignement ne m’a pas permis de distinguer. Ce qui m’a étonné, c’est qu’il portait sa proie sur son dos et non entre ses dents.

—Vraiment, frère?

—Oui, et il fallait que l’animal fût mort, car il ne faisait aucun mouvement pour se défendre.

—Mais, demanda judicieusement le pêcheur, s’il était mort, comment était-il soutenu sur le dos de l’ours?

—C’est ce que je n’ai pu comprendre. Au reste, il aura fait le dernier repas de l’ours. En entrant dans ce village je viens de prévenir six bons compagnons; et demain, sœur Maase, je vous apporterai la plus belle fourrure blanche qui ait jamais couru sur les neiges d’une montagne.

—Prenez garde, frère, dit la femme, vous avez remarqué en effet de singulières choses. Cet ours est peut-être le diable.

—Êtes-vous folle? interrompit le montagnard en riant; le diable se changer en ours! En chat, en singe, à la bonne heure, cela s’est vu; mais en ours! ah! par saint Eldon l’exorciseur, vous feriez pitié à un enfant ou à une vieille femme avec vos superstitions!

La pauvre femme baissa la tête.

—Frère, vous étiez mon seigneur avant que mon vénéré mari jetât les yeux sur moi, agissez comme votre ange gardien vous inspirera d’agir.