—Tu as raison, frère Kennybol, s’écria le pêcheur. Ces filles d’Eve sont toutes curieuses comme leur mère.—Ne parlais-tu pas de casaques vertes?

—Frère Braall, répliqua le chasseur d’un air d’humeur, je ne confie mes secrets qu’à mon mousquet, parce que je suis sûr qu’il ne les répétera pas.

—On parle dans le village, poursuivit intrépidement le pêcheur, d’une révolte des mineurs. Frère, saurais-tu quelque chose de cela?

Le montagnard reprit son bonnet, et l’enfonça sur ses yeux en jetant un regard oblique sur l’étranger; puis il se baissa vers le pêcheur, et dit d’une voix brève et basse:

—Silence!

Celui-ci secoua la tête à plusieurs reprises.

—Frère Kennybol, le poisson a beau être muet, il n’en tombe pas moins dans la nasse.

Il se fit un moment de silence. Les deux frères se regardaient d’un air expressif; les enfants tiraient les plumes de la gelinotte déposée sur la table; la bonne femme écoutait ce qu’on ne disait pas; et Ordener observait.

—Si vous faites maigre chère aujourd’hui, dit tout à coup le chasseur, cherchant visiblement à changer de conversation, il n’en sera pas de même demain. Frère Braall, tu peux pêcher le roi des poissons, je te promets de l’huile d’ours pour l’assaisonner.

—De l’huile d’ours! s’écria Maase. Est-ce qu’on a vu un ours dans les environs?—Patrick, Regner, mes enfants, je vous défends de sortir de cette cabane.—Un ours!