Ordener tressaillit.
—Quoi, grand Dieu! serait-ce votre Éthel, noble comte?
—Et qui donc?
—Votre fille, seigneur, a daigné compter les mois depuis mon départ! Oh! combien j’ai passé de tristes journées! j’ai visité toute la Norvège, depuis Christiania jusqu’à Wardhus; mais c’est vers Drontheim que mes courses me ramenaient toujours.
—Usez de votre liberté, jeune homme, tant que vous en jouissez.—Mais dites-moi donc enfin qui vous êtes. Je voudrais, Ordener, vous connaître sous un autre nom. Le fils d’un de mes mortels ennemis s’appelle Ordener.
—Peut-être, seigneur comte, ce mortel ennemi a-t-il plus de bienveillance pour vous que vous n’en avez pour lui.
—Vous éludez ma question; mais gardez votre secret, j’apprendrais peut-être que le fruit qui désaltère est un poison qui me tuera.
—Comte! dit Ordener d’une voix irritée. Comte! reprit-il d’un ton de reproche et de pitié.
—Suis-je contraint de me fier à vous, répondit Schumacker, à vous qui prenez toujours en ma présence le parti de l’implacable Guldenlew?
—Le vice-roi, interrompit gravement le jeune homme, vient d’ordonner que vous seriez à l’avenir libre et sans gardes dans l’intérieur de tout le donjon du Lion de Slesvig. C’est une nouvelle que j’ai recueillie à Berghen, et que vous recevrez sans doute prochainement.