—C’est une faveur que je n’osais espérer, et je croyais n’avoir parlé de mon désir qu’à vous seul. Au surplus, on diminue le poids de mes fers à mesure que celui de mes années s’accroît, et, quand les infirmités m’auront rendu impotent, on me dira sans doute: Vous êtes libre. À ces mots le vieillard sourit amèrement; il continua:

—Et vous, jeune homme, avez-vous toujours vos folles idées d’indépendance?

—Si je n’avais point ces folles idées, je ne serais pas ici.

—Comment êtes-vous venu à Drontheim?

—Eh bien! à cheval.

—Comment êtes-vous venu à Munckholm?

—Sur une barque.

—Pauvre insensé! qui crois être libre, et qui passes d’un cheval dans une barque. Ce ne sont point tes membres qui exécutent tes volontés; c’est un animal, c’est la matière; et tu appelles cela des volontés!

—Je force des êtres à m’obéir.

—Prendre sur certains êtres le droit d’en être obéi, c’est donner à d’autres celui de vous commander. L’indépendance n’est que dans l’isolement.