—Vous n’aimez pas les hommes, noble comte?
Le vieillard se mit à rire tristement.—Je pleure d'être homme, et je ris de celui qui me console.—Vous le saurez, si vous l’ignorez encore, le malheur rend défiant comme la prospérité rend ingrat. Écoutez, puisque vous venez de Berghen, apprenez-moi quel vent favorable a soufflé sur le capitaine Dispolsen. Il faut qu’il lui soit arrivé quelque chose d’heureux, puisqu’il m’oublie.
Ordener devint sombre et embarrassé.
—Dispolsen, seigneur comte? C’est pour vous en parler que je suis venu dès aujourd’hui.—Je sais qu’il avait toute votre confiance.
—Vous le savez? interrompit le prisonnier avec inquiétude. Vous vous trompez. Nul être au monde n’a ma confiance.—Dispolsen tient, il est vrai, entre ses mains mes papiers, des papiers même très importants. C’est pour moi qu’il est allé à Copenhague, près du roi. J’avouerai même que je comptais plus sur lui que sur tout autre, car dans ma puissance je ne lui avais jamais rendu service.
—Eh bien! noble comte, je l’ai vu aujourd’hui....
—Votre trouble me dit le reste; il est traître.
—Il est mort.
—Mort!
Le prisonnier croisa ses bras et baissa la tête, puis relevant son œil vers le jeune homme: