—Quand je vous disais qu’il lui était arrivé quelque chose d’heureux!

Puis son regard se tourna vers la muraille où étaient suspendus les signes de ses grandeurs détruites, et il fit un geste de la main comme pour éloigner le témoin d’une douleur qu’il s’efforçait de vaincre.

—Ce n’est pas lui que je plains; ce n’est qu’un homme de moins.—Ce n’est pas moi; qu’ai-je à perdre? Mais ma fille, ma fille infortunée! je serai la victime de cette infâme machination; et que deviendra-t-elle si on lui enlève son père?

Il se retourna vivement vers Ordener.

—Comment est-il mort? où l’avez-vous vu?

—Je l’ai vu au Spladgest; on ne sait s’il est mort d’un suicide ou d’un assassinat.

—Voici maintenant l’important. S’il a été assassiné, je sais d’où le coup part; alors tout est perdu. Il m’apportait les preuves du complot qu’ils trament contre moi; ces preuves auraient pu me sauver et les perdre. Ils ont su les détruire!—Malheureuse Éthel!

—Seigneur comte, dit Ordener en saluant, je vous dirai demain s’il a été assassiné.

Schumacker, sans répondre, suivit Ordener qui sortait, d’un regard où se peignait le calme du désespoir, plus effrayant que le calme de la mort.

Ordener était dans l’antichambre solitaire du prisonnier, sans savoir de quel côté se diriger. La soirée était avancée et la salle obscure; il ouvrit une porte au hasard et se trouva dans un immense corridor, éclairé seulement par la lune, qui courait rapidement à travers de pâles nuées. Ses lueurs nébuleuses tombaient par intervalles sur les vitraux étroits et élevés, et dessinaient sur la muraille opposée comme une longue procession de fantômes, qui apparaissait et disparaissait simultanément dans les profondeurs de la galerie. Le jeune homme se signa lentement, et marcha vers une lumière rougeâtre qui brillait faiblement à l’extrémité du corridor.