—Je m’appelle Éthel Schumacker. Mon père dit qu’on me nommait, dans mon berceau, comtesse de Tongsberg et princesse de Wollin.

—Votre père vous dit cela! s’écria la grande femme avec un accent qu’elle réprima aussitôt. Puis elle ajouta:—Vous avez éprouvé bien des malheurs!

—Le malheur m’a reçue à ma naissance dans ses bras de fer, répondit la jeune prisonnière; mon noble père dit qu’il ne me quittera qu’à ma mort.

Un sourire passa sur les lèvres de l’étrangère, qui reprit du ton de la pitié:

—Et vous ne murmurez pas contre ceux qui ont jeté votre vie dans ce cachot? vous ne maudissez pas les auteurs de votre infortune?

—Non, de peur que notre malédiction n’attire sur eux des maux pareils à ceux qu’ils nous font souffrir.

—Et, continua la femme blanche avec un front impassible, connaissez-vous les auteurs de ces maux dont vous vous plaignez?

Éthel réfléchit un moment et dit:

—Tout s’est fait par la volonté du ciel.

—Votre père ne vous parle jamais du roi?