—Cela se peut, noble dame; de tous les hommes qui sont venus ici je n’ai jamais vu que lui, mon Ordener.

—Votre Ordener! interrompit l’inconnue.—Elle continua, sans paraître s’apercevoir de la rougeur d’Éthel:—Connaissez-vous un jeune homme au visage noble, à la taille élégante, à la démarche grave et assurée? son œil est doux et austère, son teint frais comme celui d’une jeune fille, ses cheveux châtains.

—Oh! s’écria la pauvre Éthel, c’est lui, c’est mon fiancé, mon adoré Ordener! Dites-moi, noble et chère dame, m’apportez-vous de ses nouvelles? Où l’avez-vous rencontré? Il vous a dit qu’il daignait m’aimer, n’est-il pas vrai? Il vous a dit qu’il avait tout mon amour. Hélas! une malheureuse prisonnière n’a que son amour au monde. Ce noble ami! Il n’y a pas huit jours, je le voyais encore à cette même place, avec son manteau vert, sous lequel bat un si généreux cœur, et cette plume noire qui se balançait avec tant de grâce sur son beau front.

Elle n’acheva pas. Elle vit la grande femme inconnue trembler, pâlir et rougir, et crier d’une voix foudroyante à ses oreilles:

—Malheureuse! tu aimes Ordener Guldenlew, le fiancé d’Ulrique d’Ahlefeld, le fils du mortel ennemi de ton père, du vice-roi de Norvège!

Éthel tomba évanouie.

XXXVII

CAUPOLICAN.

Marchez avec tant de précaution que la terre
elle-même n’entende pas le bruit de vos pas...
Redoublez de soins, mes amis... Si nous arrivons
sans être entendus, je vous réponds de la
victoire.

TUCAPEL.