Il lui fut impossible d’apercevoir la moindre altération dans les grands yeux d’Éthel tandis qu’elle répondait:

—En vérité, rien. Puisse leur union être heureuse!

—Les comtes Guldenlew et d’Ahlefeld, pères des deux fiancés, sont deux grands ennemis de votre père.

—Puisse, répéta doucement Éthel, l’union de leurs enfants être heureuse!

—Il me vient une idée, poursuivit l’astucieuse inconnue. Si les jours de votre père sont menacés, vous pourriez, à l’occasion de ce grand mariage, faire obtenir sa grâce par le fils du comte vice-roi.

—Les saints vous récompenseront de tous vos bons soins pour nous, noble dame; mais comment faire parvenir ma prière jusqu’au fils du vice-roi?

Ces paroles étaient prononcées avec tant de bonne foi qu’elles arrachèrent à l’étrangère un geste d’étonnement.

—Quoi! est-ce que vous ne le connaissez pas?

—Ce puissant seigneur! s’écria Éthel; vous oubliez qu’aucun de mes regards n’a encore franchi l’enceinte de cette forteresse.

—Mais vraiment, murmura entre ses dents la grande femme, que me disait donc ce vieux fou de Levin? Elle ne le connaît pas.—Impossible cependant! dit-elle en élevant la voix; vous devez avoir vu le fils du vice-roi, il est venu ici.