Éthel dit ces mots avec cette peine que l’on éprouve à prononcer devant un indifférent le nom sacré qui réveille en nous tout ce qui aime.

—Ordener! Ordener! répéta l’inconnue avec une émotion étrange, tandis que ses mains froissaient vivement la blanche broderie de son voile.—Et quel est le nom de son père? demanda-t-elle d’une voix troublée.

—Je ne sais, répondit la jeune fille. Qu’importent sa famille et son père! Cet Ordener, noble dame, est le plus généreux des hommes.

Hélas! l’accent qui accompagnait cette parole avait livré tout le secret du cœur d’Éthel à la pénétration de l’étrangère.

L’étrangère prit un air calme et composé, et fit cette demande sans quitter la jeune fille du regard:

—Avez-vous entendu parler du prochain mariage du fils du vice-roi avec la fille du grand-chancelier actuel, d’Ahlefeld?

Il fallut recommencer cette question, pour ramener l’esprit d’Éthel à des idées qui ne semblaient point l’intéresser.

—Je crois que oui, fut toute sa réponse.

Sa tranquillité, son air indifférent parurent surprendre l’inconnue.

—Eh bien! que pensez-vous de ce mariage?