—Et puisque tu arrives de Drontheim, as-tu eu occasion de voir ce comte, le prisonnier... Schumacker... Gleffenhem... quel est son nom déjà? cet homme enfin au nom duquel nous nous révoltons contre la tutelle royale, et dont tu portes sans doute les armoiries brodées sur cette grande bannière couleur de feu?
—Elle est bien lourde! dit Guldon.—Tu veux parler du prisonnier du château-fort de Munckholm, le comte?... enfin soit. Et comment veux-tu, notre brave capitaine, que je l’aie vu? il m’aurait fallu, ajouta-t-il en baissant la voix, les yeux de ce démon qui marche devant nous, sans pourtant laisser derrière lui l’odeur du soufre, de ce Han d’Islande qui voit à travers les murs, ou l’anneau de la fée Mab qui passe par le trou des serrures.—Il n’y a en ce moment parmi nous, j’en suis sûr, qu’un seul homme qui ait vu le comte... le prisonnier dont tu me parles.
—Un seul? Ah! le seigneur Hacket? Mais ce Hacket n’est plus parmi nous. Il nous a quittés cette nuit pour retourner...
—Ce n’est point le seigneur Hacket que je veux dire, notre capitaine.
—Et qui donc?
—Ce jeune homme au manteau vert, à la plume noire, qui est tombé au milieu de nous cette nuit.
—Eh bien?
—Eh bien! dit Guldon en se rapprochant de Kennybol, c’est celui-là qui connaît le comte... ce fameux comte, enfin, comme je te connais, notre capitaine Kennybol.
Kennybol regarda Guldon, cligna de l’œil gauche en faisant claquer ses dents, et lui frappa sur l’épaule avec cette exclamation triomphale qui échappe à notre amour-propre, quand nous sommes contents de notre pénétration:—Je m’en doutais!
—Oui, notre capitaine, poursuivit Guldon Stayper en replaçant l’étendard couleur de feu sur l’épaule délassée, je te proteste que le jeune homme vert a vu le comte...—je ne sais comment tu l’appelles, celui donc pour qui nous allons nous battre.—dans le donjon même de Munckholm, et qu’il ne paraissait pas attacher moins d’importance à entrer dans cette prison, que toi ou moi à pénétrer dans un parc royal.