—Et comment sais-tu cela, notre frère Guldon?

Le vieux montagnard saisit le bras de Kennybol, puis, entr’ouvrant sa peau de loutre avec une précaution presque soupçonneuse:—Regarde! lui dit-il.

—Par mon très saint patron! s’écria Kennybol, cela brille comme du diamant!

C’était en effet une riche boucle de diamants, qui attachait le grossier ceinturon de Guldon Stayper.

—Et il est aussi vrai que c’est du diamant, repartit celui-ci en laissant tomber le pan de sa casaque, qu’il est vrai que la lune est à deux journées de marche de la terre, et que le cuir de mon ceinturon est du cuir de buffle mort.

Mais les traits de Kennybol s’étaient rembrunis, et avaient passé de l’étonnement à la sévérité. Il baissa les yeux vers la terre en disant avec une sorte de solennité sauvage:

—Guldon Stayper, du village de Chol-Soe, dans les montagnes de Kole, ton père, Medprath Stayper, est mort à cent deux ans, sans avoir rien à se reprocher, car ce ne sont pas des forfaitures que de tuer par mégarde un daim ou un élan du roi.—Guldon Stayper, tu as sur ta tête grise cinquante-sept bonnes années, ce qui n’est jeunesse que pour le hibou.—Guldon Stayper, notre camarade, j’aimerais mieux pour toi que les diamants de cette boucle fussent des grains de mil, si tu ne l’as pas acquise légitimement, aussi légitimement que le faisan royal acquiert la balle de plomb du mousquet.

En prononçant cette singulière admonestation, il y avait dans l’accent du chef montagnard à la fois de la menace et de l’onction.

—Aussi vrai que notre capitaine Kennybol est le plus hardi chasseur de Kole, répondit Guldon sans s’émouvoir, et que ces diamants sont des diamants, je les possède en légitime propriété.

—Vraiment! reprit Kennybol avec une inflexion de voix qui tenait le milieu entre la confiance et le doute.