—Diable! la tutelle pour nos frères! le gibet pour nous! Norbith pourrait bien avoir raison.
—Donne-moi la main, mon brave Norbith, dit Kennybol; il y a danger des deux côtés. Il vaut mieux marcher droit au précipice qu’y tomber à reculons.
—Allons! allons donc! s’écria le vieux Jonas, en faisant sonner le pommeau de son sabre.
Norbith leur serra vivement la main.
—Frères, écoutez! Soyez audacieux comme moi, je serai prudent comme vous. Ne nous arrêtons aujourd’hui qu’à Skongen; la garnison est faible et nous l’écraserons. Franchissons, puisqu’il le faut, les défilés du Pilier-Noir, mais dans un profond silence. Il faut les traverser, quand même ils seraient surveillés par l’ennemi.
—Je crois que les arquebusiers ne sont pas encore au pont de l’Ordals, avant Skongen. Mais, n’importe. Silence!
—Silence! soit, répéta Kennybol.
—Maintenant, Jonas, reprit Norbith, retournons tous deux à notre poste. Demain peut-être nous serons à Drontheim, malgré les arquebusiers, les hulans, les dragons et tous les justaucorps verts du midi.
Les trois chefs se quittèrent. Bientôt le mot d’ordre silence! passa de rang en rang, et cette bande de rebelles, un moment auparavant si tumultueuse, ne fut plus, dans ces déserts rembrunis par les approches de la nuit, que comme une troupe de fantômes muets, qui se promène sans bruit dans les sentiers tortueux d’un cimetière.
Cependant la route qu’ils suivaient se rétrécissait de moment en moment, et semblait s’enfoncer par degrés entre deux remparts de rochers qui devenaient de plus en plus escarpés. À l’instant où la lune rougeâtre se leva au milieu d’un amas froid de nuages qui déroulaient autour d’elle leurs formes bizarres avec une mobilité fantastique, Kennybol s’inclina vers Guldon Stayper: