—Ainsi, dit Éthel d’une voix altérée, vous n'êtes venu que pour mon père. Le jeune homme baissa la tête, car ces paroles lui semblaient bien injustes.

—Il y a sans doute déjà longtemps, continua la jeune fille d’un ton de reproche, il y a sans doute déjà longtemps que vous êtes à Drontheim? Votre absence de ce château n’a pu vous paraître longue, à vous.

Ordener, profondément blessé, ne répondit pas.

—Je vous approuve, dit la prisonnière d’une voix tremblante de douleur et de colère; mais, ajouta-t-elle d’un ton fier, j’espère, seigneur Ordener, que vous ne m’avez pas entendue prier?

—Comtesse, répondit enfin le jeune homme, je vous ai entendue.

—Ah! seigneur Ordener, il n’est point courtois d’écouter ainsi.

—Je ne vous ai pas écoutée, noble comtesse, dit faiblement Ordener; je vous ai entendue.

—J’ai prié pour mon père, reprit la jeune fille en le regardant fixement, et comme attendant une réponse à cette parole toute simple.

Ordener garda le silence.

—J’ai aussi prié, continua-t-elle, inquiète et paraissant attentive à l’effet que ces paroles allaient produire sur lui, j’ai aussi prié pour quelqu’un qui porte votre nom, pour le fils du vice-roi, du comte de Guldenlew. Car il faut prier pour tout le monde, même pour ses persécuteurs.