Et la jeune fille rougit, car elle pensait mentir; mais elle était piquée contre le jeune homme, et elle croyait l’avoir nommé pendant sa prière; elle ne l’avait nommé que dans son cœur.
—Ordener Guldenlew est bien malheureux, noble dame, si vous le comptez au nombre de vos persécuteurs; il est bien heureux cependant d’occuper une place dans vos prières.
—Oh! non, dit Éthel troublée et effrayée de l’air froid du jeune homme, non, je ne priais pas pour lui. J’ignore ce que j’ai fait, ce que je fais. Quant au fils du vice-roi, je le déteste, je ne le connais pas. Ne me regardez pas de cet œil sévère; vous ai-je offensé? ne pouvez-vous rien pardonner à une pauvre prisonnière, vous qui passez vos jours près de quelque belle et noble dame libre et heureuse comme vous!
—Moi, comtesse! s’écria Ordener.
Éthel versait des larmes; le jeune homme se précipita à ses pieds.
—Ne m’avez-vous pas dit, continua-t-elle souriant à travers ses pleurs, que votre absence vous avait semblé courte?
—Qui, moi, comtesse?
—Ne m’appelez pas ainsi, dit-elle doucement, je ne suis plus comtesse pour personne, et surtout pour vous.
Le jeune homme se leva violemment, et ne put s’empêcher de la presser sur son cœur dans un ravissement convulsif.
—Eh bien! mon Éthel adorée, nomme-moi ton Ordener.—Dis-moi,—et il attacha un regard brûlant sur ses yeux mouillés de larmes,—dis-moi, tu m’aimes donc? Ce que dit la jeune fille ne fut pas entendu, car Ordener, hors de lui, avait ravi sur ses lèvres avec sa réponse cette première faveur, ce baiser sacré qui suffit aux yeux de Dieu pour changer deux amants en époux.