—Eh bien! reprit-elle, si ce jeune homme, en qui vous avez vu un consolateur, en qui vous voulez voir un soutien pour votre fille, monseigneur et père, si c’était le fils d’un de vos mortels ennemis, du vice-roi de Norvège, du comte de Guldenlew?

Schumacker recula de deux pas.

—Que dites-vous, grand Dieu! Ordener! cet Ordener.—Cela est impossible!....

L’indicible expression de haine qui venait de s’allumer dans les yeux ternes du vieillard glaça le cœur tremblant d’Éthel, qui se repentit vainement de la parole imprudente qu’elle venait de prononcer.

Le coup était porté. Schumacker resta quelques instants immobile et les bras croisés; tout son corps tressaillait comme s’il avait été sur un gril ardent; ses prunelles flamboyantes sortaient de leur orbite, et son regard, fixé sur les dalles de pierre, paraissait vouloir les enfoncer. Enfin quelques paroles sortirent de ses lèvres bleues, prononcées d’une voix aussi faible que celle d’un homme qui rêve.

—Ordener!—Oui, c’est cela, Ordener Guldenlew!

—C’est bien. Allons! Schumacker, vieux insensé, ouvre-lui donc tes bras, ce loyal jeune homme vient pour te poignarder.

Tout à coup il frappa le sol du pied, et sa voix devint tonnante.

—Ils m’ont donc envoyé toute leur infâme race pour m’insulter dans ma chute et dans ma captivité! j’avais déjà vu un d’Ahlefeld; j’ai presque souri à un Guldenlew! Les monstres! Qui eût dit cela de cet Ordener, qu’il portait une pareille âme et un pareil nom! Malheur à moi! malheur à lui! Puis il tomba anéanti sur son fauteuil, et tandis que sa poitrine oppressée se dégonflait par de longs soupirs, la pauvre Éthel, palpitante d’effroi, pleurait à ses pieds.

—Ne pleure pas, ma fille, dit-il d’une voix sinistre, viens, oh! viens sur mon cœur.