La femme et les enfants se rapprochèrent vivement d’Orugix.

—Quoi! tu l’as vu, père? demandèrent les enfants.

—Taisez-vous, enfants. Vous criez comme un coquin qui se dit innocent. Je l’ai vu. C’est une espèce de géant; il marchait les bras croisés, enchaînés derrière le dos, et le front bandé. C’est que, sans doute, il a été blessé à la tête. Mais, qu’il soit tranquille, avant peu je l’aurai guéri de cette blessure.

Après avoir mêlé à ces horribles paroles un horrible geste, le bourreau continua:

—Il y avait derrière lui quatre de ses compagnons, également prisonniers, blessés de même, et qu’on menait comme lui à Drontheim, où ils seront jugés, avec l’ex-grand-chancelier Schumacker, par un tribunal où siégera le haut-syndic, et que présidera le grand-chancelier actuel.

—Père, quel visage avaient les autres prisonniers?

—Les deux premiers étaient deux vieillards, dont l’un portait le feutre de mineur, et l’autre le bonnet de montagnard. Tous deux paraissaient désespérés. Des deux autres, l’un était un jeune mineur, qui marchait la tête haute, en sifflant; l’autre....—Te souviens-tu, ma damnée Bechlie, de ces voyageurs qui sont entrés dans cette tour, il y a une dizaine de jours, la nuit de ce violent orage?

—Comme Satan se souvient du jour de sa chute, répondit la femme.

—Avais-tu remarqué parmi ces étrangers un jeune homme qui accompagnait ce vieux docteur fou à grande perruque? un jeune homme, te dis-je, vêtu d’un grand manteau vert et coiffé d’une toque à plume noire?

—En vérité, je crois l’avoir encore devant les yeux, me disant: Femme, nous avons de l’or.