—N’était-ce pas, reprit le secrétaire, pour délivrer Schumacker?
Ordener garda le silence.
—Ne soyez pas muet, accusé Ordener, dit le président; il est prouvé que vous entreteniez des intelligences avec Schumacker, et l’aveu de votre culpabilité accuse, plus qu’il ne justifie, le prisonnier de Munckholm. Vous alliez souvent à Munckholm, et certes vous attachiez à ces visites plus qu’un intérêt de curiosité ordinaire. Témoin cette boucle de diamants.
Le président prit sur le bureau, et montra à Ordener une boucle de brillants qui y était déposée.
—La reconnaissez-vous pour vous avoir appartenu?
—Oui. Par quel hasard?....
—Eh bien! un des rebelles l’a remise, avant d’expirer, à notre secrétaire intime, en déclarant qu’il l’avait reçue de vous en paiement, pour vous avoir transporté du port de Drontheim à la forteresse de Munckholm. Or, je vous le demande, seigneurs juges, un pareil salaire donné à un simple matelot n’annoncet-il pas quelle importance l’accusé Ordener Guldenlew attachait à parvenir jusqu’à cette prison, qui est celle de Schumacker?
—Ah! s’écria l’accusé Kennybol, ce que dit sa courtoisie est vrai, je reconnais la boucle; c’est l’histoire de notre pauvre frère Guldon Stayper.
—Silence, dit le président, laissez répondre Ordener Guldenlew.
—Je ne cacherai pas, repartit Ordener, que je désirais voir Schumacker. Mais cette boucle ne signifie rien. On ne peut entrer avec des diamants dans le fort; le matelot qui m’avait amené s’était plaint, dans la traversée, de sa misère; je lui ai jeté cette boucle, que je ne pouvais garder sur moi.