—Va, ton espérance est vaine. Ne te berce pas de chimères, Éthel; dans quelques heures un coup de hache les dissiperait trop cruellement.
—Oh! n’achève pas! Ordener! tu ne mourras pas. Oh! dérobe-moi cette affreuse pensée, ou plutôt, oui, présente-la-moi dans toute son horreur, pour me donner la force d’accomplir ton salut et mon sacrifice.
Il y avait dans l’accent de la jeune fille une expression indéfinissable, Ordener la regarda doucement:
—Ton sacrifice! que veux-tu dire?
Elle cacha son visage dans ses mains, et sanglota en disant d’une voix inarticulée:—O Dieu!
Cet abattement fut de courte durée; elle se releva; ses yeux brillaient, sa bouche souriait. Elle était belle comme un ange qui remonte de l’enfer au ciel.
—Écoutez, mon Ordener, votre échafaud ne s’élèvera pas. Pour que vous viviez, il suffit que vous promettiez d’épouser Ulrique d’Ahlefeld.
—Ulrique d’Ahlefeld! ce nom dans ta bouche, mon Éthel!
—Ne m’interrompez pas, poursuivit-elle avec le calme d’une martyre qui subit sa dernière torture; je viens ici envoyée par la comtesse d’Ahlefeld. On vous promet d’obtenir votre grâce du roi, si l’on obtient en échange votre main pour la fille du grand-chancelier. Je viens ici vous demander le serment d’épouser Ulrique et de vivre pour elle. On m’a choisie pour messagère, parce qu’on a pensé que ma voix aurait quelque puissance sur vous.
—Éthel, dit le condamné d’une voix glacée, adieu; en sortant de ce cachot, dites qu’on fasse venir le bourreau.