On rencontre quelquefois dans la vie des puissances irrésistibles, des volontés auxquelles on cède soudain comme si elles avaient quelque chose de plus que les volontés humaines. Le prêtre leva les yeux en soupirant.
—Que le Seigneur me pardonne si ma condescendance est coupable! Vous vous aimez, vous n’avez plus que bien peu de temps à vous aimer sur la terre; je ne crois pas manquer à nos saints devoirs en légitimant votre amour.
La douce et redoutable cérémonie s’accomplit. Ils se levèrent tous deux sous la dernière bénédiction du prêtre; ils étaient époux.
Le visage du condamné brillait d’une douloureuse joie; on eût dit qu’il commençait à sentir l’amertume de la mort, à présent qu’il essayait la félicité de la vie. Les traits de sa compagne étaient sublimes de grandeur et de simplicité; elle était encore modeste comme une jeune vierge, et déjà presque fière comme une jeune épouse.
—Écoute-moi, mon Ordener, dit-elle; n’est-il pas vrai que nous sommes maintenant heureux de mourir, puisque la vie ne pouvait nous réunir? Tu ne sais pas, ami, ce que je ferai,—je me placerai aux fenêtres du donjon de manière à te voir monter sur l’échafaud, afin que nos âmes s’envolent ensemble dans le ciel. Si j’expire avant que la hache ne tombe, je t’attendrai; car nous sommes époux, mon Ordener adoré, et ce soir le cercueil sera notre lit nuptial.
Il la pressa sur son cœur gonflé et ne put prononcer que ces mots, qui étaient l’idée de toute son existence:
—Éthel, tu es donc à moi!
—Mes enfants, dit la voix attendrie de l’aumônier, dites-vous adieu. Il est temps.
—Hélas! s’écria Éthel.
Toute sa force d’ange lui revint, et elle se prosterna devant le condamné: