—Mon fils, priez et méditez. Je reviendrai dans quelques heures.—Allons, ajouta-t-il, se tournant vers Éthel, qui, pendant tout l’entretien d’Ordener et d’Athanase, avait gardé le silence du recueillement, il faut quitter le prisonnier. Le temps s’écoule.

Elle se leva radieuse et tranquille; quelque chose de divin enflammait son regard:

—Seigneur ministre, je ne puis vous suivre encore. Il faut auparavant que vous ayez uni Éthel Schumacker à son époux Ordener Guldenlew.

Elle regarda Ordener:

—Si tu étais encore puissant, libre et glorieux, mon Ordener, je pleurerais et j’éloignerais ma fatale destinée de la tienne.—Mais maintenant que tu ne crains plus la contagion de mon malheur, que tu es ainsi que moi captif, flétri, opprimé, maintenant que tu vas mourir, je viens à toi, espérant que tu daigneras du moins, Ordener, mon seigneur, permettre à celle qui n’aurait pu être la compagne de ta vie, d'être la compagne de ta mort; car tu m’aimes assez, n’est-il pas vrai, pour n’avoir pas douté un instant que je n’expire en même temps que toi?

Le condamné tomba à ses pieds et baisa le bas de sa robe.

—Vous, vieillard, continua-t-elle, vous allez nous tenir lieu de familles et de pères; ce cachot sera le temple; cette pierre, l’autel. Voici mon anneau, nous sommes à genoux devant Dieu et devant vous. Bénissez-nous et lisez les paroles saintes qui vont unir Éthel Schumacker à Ordener Guldenlew, son seigneur.

Et ils s’étaient agenouillés ensemble devant le prêtre, qui les contemplait avec un étonnement mêlé de pitié.

—Comment, mes enfants! que faites-vous?

—Mon père, dit la jeune fille, le temps presse. Dieu et la mort nous attendent.