—Dieu est bon.
Ordener, qui paraissait préoccupé, s’écria, après un court silence:
—Écoutez, seigneur ministre, je veux tenir la promesse que je vous ai faite dans la tour de Vygla. Quand je serai mort, allez trouver à Berghen mon père, le vice-roi de Norvège, et dites-lui que la dernière grâce que lui demande son fils, c’est celle de vos douze protégés. Il vous l’accordera, j’en suis sûr.
Une larme d’attendrissement mouilla le visage vénérable d’Athanase.
—Mon fils, il faut que de nobles pensées remplissent votre âme, pour savoir, dans la même heure, rejeter avec courage votre propre grâce et solliciter avec bonté celle des autres. Car j’ai entendu vos refus; et, tout en blâmant le dangereux excès d’une passion humaine, j’en ai été profondément touché. Maintenant je me dis: Unde scelus? Comment se fait-il qu’un homme qui approche tant du vrai juste se soit souillé du crime pour lequel il est condamné?
—Mon père, je ne l’ai point dit à cet ange, je ne puis vous le dire. Croyez seulement que la cause de ma condamnation n’est point un crime.
—Comment? expliquez-vous, mon fils.
—Ne me pressez pas, répondit le jeune homme avec fermeté. Laissez-moi emporter dans le tombeau le secret de ma mort.
—Ce jeune homme ne peut être coupable, murmura le ministre.
Alors il tira de son sein un crucifix noir, qu’il plaça sur une sorte d’autel grossièrement formé d’une dalle de granit adossée au mur humide de la prison. Près du crucifix il posa une petite lampe de fer allumée, qu’il avait apportée avec lui, et une bible ouverte.