—Oui, repartit le guichetier, le cadavre d’un mauvais voleur ou d’un misérable juif, cela peut-être; mais chacun sait que vous tirerez ce que vous voudrez du corps de Han d’Islande.

Han d’Islande hocha la tête.

—De quoi vous mêlez-vous? dit Orugix brusquement; est-ce que je m’occupe, moi, de vos rapines, des vêtements, des bijoux que vous volez aux prisonniers, de l’eau sale que vous versez dans leur maigre bouillon, des tourments que vous leur faites éprouver pour tirer d’eux de l’argent?—Non! je ne donnerai point deux ducats d’or.

—Point de paille et point de feu, à moins de deux ducats d’or, répondit l’obstiné guichetier.

—Point de cadavre à moins de deux ducats d’or, répéta le brigand immobile.

Le bourreau, après un moment de silence, frappa la terre du pied:

—Allons, le temps me presse. Je suis appelé ailleurs. Il tira de sa veste un sac de cuir qu’il ouvrit lentement et comme à regret.

—Tiens, maudit démon d’Islande, voilà tes deux ducats. Satan ne donnerait certes pas de ton âme ce que je donne de ton corps.

Le brigand reçut les deux pièces d’or. Aussitôt le guichetier avança la main pour les reprendre.

—Un instant, compagnon, donne-moi d’abord ce que je t’ai demandé.