—Lieutenant! s’écria Ordener, ils lui importent plus que vous ne pensez....—peut-être.—Et, poursuivit-il après un moment de silence, votre fameux mariage est moins certain que vous ne le croyez.

Fiat quod vis, repartit le lieutenant avec une salutation ironique; le roi, le vice-roi et le grand-chancelier ont, il est vrai, tout disposé pour cette union; ils la désirent, ils la veulent; mais puisqu’elle déplaît au seigneur étranger, qu’importe le grand-chancelier, le vice-roi et le roi!

—Vous avez peut-être raison, dit Ordener d’un air sérieux.

—Oh! sur ma foi!—et le lieutenant se renversa sur le dos en éclatant de rire,—cela est trop plaisant. Je voudrais pour beaucoup que le baron de Thorvick fût ici pour entendre un devin aussi bien instruit des choses de ce monde décider de sa destinée. Mon docte prophète, croyez-moi, vous n’avez pas encore assez de barbe pour être bon sorcier.

—Seigneur lieutenant, répondit froidement Ordener, je ne pense pas qu’Ordener Guldenlew épouse une femme sans l’aimer.

—Eh! eh! voilà le livre des maximes. Et qui vous dit, seigneur du manteau vert, que le baron n’aime pas Ulrique d’Ahlefeld?

—Et, s’il vous plaît, à votre tour, qui vous dit qu’il l’aime?

Ici le lieutenant fut entraîné, comme il arrive souvent, par la chaleur de la conversation, à affirmer un fait dont il n’était pas sûr.

—Qui me dit qu’il l’aime? la question est amusante! J’en suis fâché pour votre divination; mais tout le monde sait que ce mariage n’est pas moins un mariage de passion que de convenance.

—Excepté moi, du moins, dit Ordener d’un ton grave.