HERNANI.
Vous vîtes avant moi le roi mis de la sorte[18].

DOÑA SOL.
Je n'ai pas remarqué. Tout autre, que m'importe!
Puis, est-ce le velours ou le satin encor?
Non, mon duc, c'est ton cou qui sied au collier d'or.
Vous êtes noble et fier, monseigneur.

Il veut l'entraîner.
Tout à l'heure!
Un moment!—Vois-tu bien, c'est la joie et je pleure!
Viens voir la belle nuit.

Elle va à la balustrade.
Mon duc, rien qu'un moment!
Le temps de respirer et de voir seulement.
Tout s'est éteint, flambeaux et musique de fête.
Rien que la nuit et nous. Félicité parfaite!
Dis, ne le crois-tu pas? sur nous, tout en dormant,
La nature à demi veille amoureusement.
Pas un nuage au ciel. Tout, comme nous, repose.
Viens, respire avec moi l'air embaumé de rose!
Regarde. Plus de feux, plus de bruit. Tout se tait.
La lune tout à l'heure à l'horizon montait
Tandis que tu parlais, sa lumière qui tremble
Et ta voix, toutes deux m'allaient au coeur ensemble,
Je me sentais joyeuse et calme, ô mon amant,
Et j'aurais bien voulu mourir en ce moment!

HERNANI.
Ah! qui n'oublierait tout à cette voix céleste!
Ta parole est un chant où rien d'humain ne reste.
Et, comme un voyageur, sur un fleuve emporté,
Qui glisse sur les eaux par un beau soir d'été
Et voit fuir sous ses yeux mille plaines fleuries,
Ma pensé entraînée erre en tes rêveries!

DOÑA SOL.
Ce silence est trop noir, ce calme est trop profond.
Dis, ne voudrais-tu pas voir une étoile au fond?
Ou qu'une voix des nuits, tendre et délicieuse,
S'élevant tout à coup, chantât?…

HERNANI (souriant).
Capricieuse!
Tout à l'heure on fuyait la lumière et les chants!

DOÑA SOL.
Le bal! Mais un oiseau qui chanterait aux champs!
Un rossignol perdu dans l'ombre et dans la mousse,
Ou quelque flûte au loin!… Car la musique est douce,
Fait l'âme harmonieuse, et, comme un divin choeur,
Éveille mille voix qui chantent dans le coeur
Ah! ce serait charmant[19]!

On entend le bruit lointain d'un cor dans l'ombre.
Dieu! je suis exaucée!

HERNANI (tressaillant, à part).
Ah! malheureuse!