DON RUY GOMEZ.
Tu peux le taire
Si tu veux. Nul n'a droit de le savoir ici.
Viens-tu pas demander asile?

HERNANI.
Oui, duc.

DON RUY GOMEZ.
Merci!
Sois le bienvenu. Reste, ami, ne te fais faute
De rien[29]. Quant à ton nom, tu te nommes mon hôte.
Qui que tu sois, c'est bien! et, sans être inquiet,
J'accueillerais Satan, si Dieu me l'envoyait.

La porte du fond s'ouvre à deux battants. Entre doña Sol, en parure de mariée. Derrière elle, pages, valets, et deux femmes portant sur un coussin de velours un coffret d'argent ciselé, qu'elles vont déposer sur une table, et qui renferme un riche écrin, couronne de duchesse, bracelets, colliers, perles et brillants pêle-mêle.—Hernani, haletant et effaré, considère doña Sol avec des yeux ardents, sans écouter le duc.

SCÈNE III.

LES MÊMES, DOÑA SOL, PAGES, VALETS, FEMMES.

DON RUY GOMEZ (continuant).
Voici ma Notre-Dame à moi. L'avoir priée
Te portera bonheur[30].

Il va présenter la main à doña Sol, toujours pâle et grave.
Ma belle mariée,
Venez.—Quoi! pas d'anneau! pas de couronne encor!

HERNANI (d'une voix tonnante).
Qui veut gagner ici mille carolus d'or[31]?

Tous se retournent étonnés. Il déchire sa robe de pèlerin, la foule aux pieds, et en sort dans son costume de montagnard. Je suis Hernani.