Et me tenir dans mes lierres,
Gardé comme les brigands...—
Va mettre des muselières
Aux gueules des ouragans!

VI
LE ROI ABJECT

Roi que gêne la cuirasse,
Roi qui m’as si mal payé,
Tu fais douter de ta race;
Et, dans sa tombe ennuyé,

Ton vieux père, âme loyale,
Dit:—Quelque bohémien
A, dans la crèche royale,
Mis son fils au lieu du mien!—

Roi, ma meilleure cuisine
C’est du pain noir, le sais-tu,
Avec quelque âpre racine,
Le soir quand on s’est battu.

M’as-tu nourri sous ta tente,
Et suis-je ton écolier?
M’as-tu donné ma patente
De comte et de chevalier?

Roi, je vis dans la bataille.
Si tu veux, comparons-nous.
Pour ne point passer ta taille,
Je vais me mettre à genoux.

Pendant que tu fais tes pâques
Et que tu dis ton credo,
Je prends les tours de Saint-Jacques
Et les monts d’Oviédo.

Je ne m’en fais pas accroire.
Toi-même tu reconnais
Que j’ai la peau toute noire
D’avoir porté le harnais.

Seigneur, tu fis une faute
Quand tu me congédias;
C’est mal de chasser un hôte,
Fou de chasser Ruy Diaz.