Roi, c’est moi qui te protége.
On craint le son de mon cor.
On croit voir dans ton cortége
Un peu de mon ombre encor.
Partout, dans les abbayes,
Dans les forts baissant leurs ponts,
Tes volontés obéies
Font du mal, dont je réponds.
Roi par moi; sans moi, poupée!
Le respect qu’on a pour toi,
La longueur de mon épée
En est la mesure, ô roi!
Ce pays ne connaît guère,
Du Tage à l’Almonacid,
D’autre musique de guerre
Que le vieux clairon du Cid.
Mon nom prend toute l’Espagne,
Toute la mer à témoin;
Ma fanfare de montagne
Vient de haut et s’entend loin.
Mon pas fait du bruit sur terre,
Et je passe mon chemin
Dans la rumeur militaire
D’un triomphateur romain.
Et tout tremble, Irun, Coïmbre,
Santander, Almodovar,
Sitôt qu’on entend le timbre
Des cymbales de Bivar.
VII
LE ROI FOURBE
Certe, il tient moins de noblesse
Et de bonté, vois-tu bien,
Roi, dans ton collier d’altesse,
Que dans le collier d’un chien!
Ta foi royale est fragile.
Elle affirme, jure et fuit.
Roi, tu mets sur l’évangile
Une main pleine de nuit.