Avec toi tout est précaire,
Surtout quand tu t’es signé
Devant quelque reliquaire
Où le saint tremble indigné.

A tes traités, verbiage,
Je préférerais souvent
Les promesses du nuage
Et la parole du vent.

La parole qu’un roi fausse
Derrière les gens trahis
N’est plus que la sombre fosse
De la pudeur d’un pays.

Moi, je tiens pour périls graves,
Et je dois le déclarer,
Ce qu’en arrière des braves
Les traîtres peuvent jurer.

Roi, vous l’avouerez, j’espère,
Mieux vaut avoir au talon
Le venin d’une vipère
Que le serment d’un félon.

Je suis dans ma seigneurie,
Parlant haut, quoique vassal.
Après cela, je vous prie
De ne pas le prendre mal.

VIII
LE ROI VOLEUR

Roi, fallait-il que tu vinsses
Pour nous écraser d’impôts?
Nous vivons dans nos provinces,
Pauvres sous nos vieux drapeaux.

Nous bravons tes cavalcades.
Sommes-nous donc des vilains,
Pour engraisser des alcades
Et nourrir des chapelains?

Quant à payer, roi bravache,
Jamais! et j’en fais serment.
Ma ville est-elle une vache
Pour la traire effrontément?