Qui, se croyant Alexandre,
Ne laisse dans les maisons
Que des os dans de la cendre
Et du sang sur des tisons;

Et qui, riant sous les portes,
Vous montre, quand vous entrez,
Sur des tas de femmes mortes
Des tas d’enfants éventrés.

X
LE ROI COUARD

Roi, dans tes courses damnées,
Avec tes soldats nouveaux,
Ne va pas aux Pyrénées,
Ne va pas à Roncevaux.

Ces roches sont des aïeules,
Les mères des océans.
Elles se défendraient seules;
Car ces monts sont des géants.

Une forte race d’hommes,
Pleins de l’âpreté du lieu,
Vit là loin de vos sodomes
Avec les chênes de Dieu.

Y passer est téméraire.
Nul encor n’a deviné
Si le chêne est le grand frère
Ou bien si l’homme est l’aîné.

Ce peuple est là, loin du monde,
Libre hier, libre demain.
Sur ces hommes l’éclair gronde;
Leur chien leur lèche la main.

Hercule y vint. Tout recule
Dans ces monts où fuit l’isard.
Roi, César après Hercule,
Charlemagne après César,

Ont crié miséricorde
Devant ces pâtres jaloux
Chaussés de souliers de corde
Et vêtus de peaux de loups.