«Je ne dis pas ceci pour vous, Cid redoutable.
Vous êtes sans orgueil, étant de bonne foi;
Si j’étais empereur, vous seriez connétable;
Mais seulement tâchez de faire cas du roi.

«Quand vous lui rapportez, vainqueur, quelque province,
Le roi trouve, et ceci de nous tous est compris,
Que jamais un vassal n’a salué son prince,
Cid, avec un respect plus semblable au mépris.

«Votre bouche en parlant sourit avec tristesse;
On sent que le roi peut avoir Burgos, Madrid,
Tuy, Badajoz, Léon, soit; mais que son altesse
N’aura jamais le coin de la lèvre du Cid.

«Le vassal n’a pas droit de dédain sur le maître.
On vous tire d’exil; mais, Cid, écoutez-moi,
Il faut dorénavant qu’il vous convienne d’être
Aussi grand devant Dieu, moins haut devant le roi.

«Pour apaiser l’humeur du roi, fort légitime,
Il suffit désormais que le roi, comme il sied,
Sente qu’en lui parlant vous avez de l’estime.»—
Babieça frappait sa litière du pied,

Les chiens tiraient leur chaîne et grondaient à la porte,
Et le Cid répondit au roi Santos le Roux:
—Sire, il faudrait d’abord que vous fissiez en sorte
Que j’eusse de l’estime en vous parlant à vous.

XII
LES SEPT MERVEILLES DU MONDE


LES SEPT MERVEILLES DU MONDE