Gazette du 28 may.

«Le sieur de Mélac, lieutenant général, occupe les hauteurs au-dessus du chasteau avec douze bataillons et cinquante dragons. Il a chassé les ennemis d'une redoute d'où l'on peut battre à revers les ouvrages de la place.

«On a fait une batterie de six pièces de canon de l'autre costé du Nekre. La tranchée doit être ouverte ce soir par le marquis de Chamilly, lieutenant général: du costé du front des ouvrages de terre du fauxbourg, par la brigade de Picardie.»

(Du camp devant Heidelberg, le 21 may 1693.)

«Six cents hommes des troupes de Hesse-Cassel vinrent pour ravitailler la place.

«Le sieur de Mélac les fit attaquer de la manière suivante:

«Cent hommes du régiment de Picardie, commandez par les sieurs de Coste et Despic, marchèrent par les vignes dans la montagne. Ils estoient suivis par cent trente du régiment de la Reyne, et cinquante cavaliers du régiment colonel général de Mélac, et de Lalande, qui portoient des grenadiers en croupes. La seconde compagnie des grenadiers de la Reyne s'avança par un grand chemin entre la montagne et la rivière, avec une pièce de canon à leur teste, pour attaquer une traverse que les ennemis avoient faite dans le même chemin. Cent cinquante hommes du régiment de la Reyne soutenoient la compagnie de grenadiers: la cavalerie et les dragons soutenoient toute l'infanterie. Et on attaqua les ennemis de toutes parts. Ils abandonnèrent d'abord la première et la seconde traverse. Mais ils firent ferme à la dernière. Le sieur de Mélac alors fit avancer les grenadiers, qui attaquèrent les ennemis en flanc, en sorte qu'ils commencèrent à lascher pié. Ils firent encore ferme quelque temps derrière des hayes et des vignes: mais la cavalerie les contraignit enfin à prendre la füite. Les uns taschèrent à remonter le costeau par dedans les vignes, et les autres se sauvèrent dans le village de Vebelingen qui est au pié de la montagne. Néantmoins, ayant esté renforcés par un nombre de païsans armés, ils se mirent en devoir de revenir à la charge, mais les grenadiers les poussèrent si vivement, qu'ils les obligèrent à prendre derechef la füite après leur avoir tué plus de cent cinquante hommes et fait plusieurs prisonniers. Les François n'ont eu dans cette affaire que trois hommes blessés,—qui sont un grenadier du régiment de la Reyne, un soldat de Picardie et un cavalier du régiment de Mélac.»

Gazette du 1er juin.

«22 au matin. Les ennemis, se voyant pressés et enveloppés par les batteries, voulurent abandonner le reste du fauxbourg en plein jour. On les poussa jusqu à la porte de la ville, qu'ils fermèrent; les grenadiers de Picardie l'enfoncèrent à coups de hache, et, nonobstant leur grand feu, les poussèrent jusqu'à la porte du chasteau, que les assiégés fermèrent, et laissèrent dehors plus de cinq cents des leurs qui furent tués ou pris.

«... Les troupes entrèrent de toutes parts dans la ville, qu'ils pillèrent, sans que les officiers généraux pussent l'empescher. Le chasteau demanda à capituler. Le maréchal duc de Lorges ne voulut pas accorder de condition. Ils se rendirent à discrétion, et sortirent le 23, au nombre de dix-huit cents hommes. Trois cents soldats prisonniers qui avoient esté mis dans la grande église, mirent le feu aux deux clochers, qui se communiqua à la ville, et quoi qu'on pût faire pour l'éteindre, en brûla la grande partie. On a trouvé quarante milliers de poudre, quantité de grenades, de bombes, douze pièces de canons en fonte et dix de fer. Ou s'est aussi rendu maître du pont de bateaux qu'ont fait les ennemis.»