«Paris, 30 may 1693. Le roi partit de Compiègne le 22 du mois pour aller coucher à Roye: le 23 il coucha à Péronne, le 24 à Cambray, et le 25 au Quesnoy.

«Le roy et la reyne de la Grande-Bretagne vinrent ici le 27 voir Leurs Altesses Royales, et ils entendirent le salut au monastère des Capucines.»

Gazette du 6 juin.

«... La ville estoit prise, les soldats, les cavaliers et les dragons y entrèrent de toutes parts et commencèrent à la piller.... Les soldats ne purent estre arrestés, quelque peine que se donnassent les officiers pour empescher les süites du désordre et l'embrasement de la ville; quoy qu'ayant esté prise d'assaut, elle eust pu n'être pas épargnée. Le marquis de Chamilly avoit fait d'abord mettre les prisonniers et plusieurs bourgeois avec leurs femmes et leurs enfants dans la grande église, comme en un lieu de seurté. Mais ces prisonniers mirent le feu aux deux clochers, d'où il se communiqua aux maisons de la ville et des fauxbourgs: où il avoit esté encore mis par hasard en quelques endroits, et s'estoit répandu presque partout, quelque soin qu'on prist pour l'éteindre. Le sieur de Heidersdorf, qui commandoit dans le chasteau, envoya cependant demander à capituler. Un capucin alla plusieurs fois de part et d'autre, accompagné d'un lieutenant-colonel et d'un magistrat. La capitulation fut conclue. On a trouvé dix milliers de plomb en saumon, sept en balles, cinq mille grenades chargées, cent bombes, un grand nombre d'outils. Les troupes ont commencé depuis à démolir les fortifications du chasteau.»

Même numéro.

Du Quesnoy, le 2 juin 1693.

«Le 28 du mois dernier, un courrier dépesché par le maréchal duc de Lorges apporta au roy la nouvelle de la prise de Heidelberg. Le 31, le roy fit ses dévotions et toucha les malades. Sa Majesté nomma l'abbé de la Luzerne à l'évesché du Cahors, et l'abbé de Denonville à l'évesché de Comminges. Sa Majesté a donné un canonicat de la Sainte-Chapelle au sieur Boileau, doyen de l'église de Sens, et un autre au sieur Basire.»

De Paris, le 6 may 1693.
(Sic. Erreur, le 6 juin.)

«Le premier de ce mois, on chanta en l'église de Notre-Dame, par l'ordre du roy, le Te Deum en actions de grâces de la réduction de Heidelberg. Les Compagnies y assistèrent avec les cérémonies accoutumées, et le soir, il y eut des feux dans toutes les rues.»

Outre le sac de la ville, cette prise de Heidelberg eut un lugubre résultat. En arrivant au camp des Impériaux à Heilbron, le général Heidersdorf, qui avait capitulé avec le maréchal de Lorges, fut traduit devant des juges militaires et condamné à mort. Il eut la tête tranchée. Un capitaine et un lieutenant furent enveloppés dans le procès qu'on lui fit, et partagèrent son sort.