Elle poursuivit d'un accent élégiaque et lamentable:
—Oh! monsieur, les temps sont bien durs! et puis nous avons si peu de bourgeois dans nos endroits! C'est tout petit monde, voyez-vous. Si nous n'avions pas par-ci par-là des voyageurs généreux et riches comme monsieur! Nous avons tant de charges. Tenez, cette petite nous coûte les yeux de la tête.
—Quelle petite?
—Eh bien, la petite, vous savez! Cosette! l'Alouette, comme on dit dans le pays!
—Ah! dit l'homme.
Elle continua:
—Sont-ils bêtes, ces paysans, avec leurs sobriquets! elle a plutôt l'air d'une chauve-souris que d'une alouette. Voyez-vous, monsieur, nous ne demandons pas la charité, mais nous ne pouvons pas la faire. Nous ne gagnons rien, et nous avons gros à payer. La patente, les impositions, les portes et fenêtres, les centimes! Monsieur sait que le gouvernement demande un argent terrible! Et puis j'ai mes filles, moi. Je n'ai pas besoin de nourrir l'enfant des autres. L'homme reprit, de cette voix qu'il s'efforçait de rendre indifférente et dans laquelle il y avait un tremblement:
—Et si l'on vous en débarrassait?
—De qui? de la Cosette?
—Oui.