—Mademoiselle Fauchelevent.
—Fauchequoi?
—Fauchelevent.
—Pttt! fit le vieillard.
—Monsieur! s'écria Marius.
M. Gillenormand l'interrompit du ton d'un homme qui se parle à lui-même.
—C'est cela, vingt et un ans, pas d'état, douze cents livres par an, madame la baronne Pontmercy ira acheter deux sous de persil chez la fruitière.
—Monsieur, reprit Marius, dans l'égarement de la dernière espérance qui s'évanouit, je vous en supplie! je vous en conjure, au nom du ciel, à mains jointes, monsieur, je me mets à vos pieds, permettez-moi de l'épouser.
Le vieillard poussa un éclat de rire strident et lugubre à travers lequel il toussait et parlait.
—Ah! ah! ah! vous vous êtes dit: Pardine! je vais aller trouver cette vieille perruque, cette absurde ganache! Quel dommage que je n'aie pas mes vingt-cinq ans! comme je te vous lui flanquerais une bonne sommation respectueuse! comme je me passerais de lui! C'est égal, je lui dirai: Vieux crétin, tu es trop heureux de me voir, j'ai envie de me marier, j'ai envie d'épouser mamselle n'importe qui, fille de monsieur n'importe quoi, je n'ai pas de souliers, elle n'a pas de chemise, ça va, j'ai envie de jeter à l'eau ma carrière, mon avenir, ma jeunesse, ma vie, j'ai envie de faire un plongeon dans la misère avec une femme au cou, c'est mon idée, il faut que tu y consentes! et le vieux fossile consentira. Va, mon garçon, comme tu voudras, attache-toi ton pavé, épouse ta Pousselevent, ta Coupelevent...—Jamais, monsieur! jamais!