—Mon père!
—Jamais!
À l'accent dont ce «jamais» fut prononcé, Marius perdit tout espoir. Il traversa la chambre à pas lents, la tête ployée, chancelant, plus semblable encore à quelqu'un qui se meurt qu'à quelqu'un qui s'en va. M. Gillenormand le suivait des yeux, et au moment où la porte s'ouvrait et où Marius allait sortir, il fit quatre pas avec cette vivacité sénile des vieillards impérieux et gâtés, saisit Marius au collet, le ramena énergiquement dans la chambre, le jeta dans un fauteuil, et lui dit:
—Conte-moi ça!
C'était ce seul mot, mon père, échappé à Marius, qui avait fait cette révolution.
Marius le regarda égaré. Le visage mobile de M. Gillenormand n'exprimait plus rien qu'une rude et ineffable bonhomie. L'aïeul avait fait place au grand-père.
—Allons, voyons, parle, conte-moi tes amourettes, jabote, dis-moi tout! Sapristi! que les jeunes gens sont bêtes!
—Mon père! reprit Marius.
Toute la face du vieillard s'illumina d'un indicible rayonnement.
—Oui, c'est ça! appelle-moi ton père, et tu verras!