Ils se regardèrent, s’approchèrent, allongèrent les bras, se touchèrent les poings, puis reculèrent. Tout à coup, Helmsgail, le petit homme, bondit.
Le vrai combat commença.
Phelem-ghe-madone fut frappé en plein front entre les deux sourcils. Tout son visage ruissela de sang. La foule cria: Helmsgail a fait couler le bordeaux[15]! On applaudit. Phelem-ghe-madone, tournant ses bras comme un moulin ses ailes, se mit à démener ses deux poings au hasard.
[15] Hemlsgail has tapped his claret.
L’honorable Peregrine Berti dit:—Aveuglé. Mais pas encore aveugle.
Alors Helmsgail entendit de toutes parts éclater cet encouragement:—Bung his peepers[16]!
[16] Crève-lui les quinquets.
En somme, les deux champions étaient vraiment bien choisis, et, quoique le temps fut peu favorable, on comprit que le match réussirait. Le quasi-géant Phelem-ghe-madone avait les inconvénients de ses avantages; il se mouvait pesamment. Ses bras étaient massue, mais son corps était masse. Le petit courait, frappait, sautait, grinçait, doublait la vigueur par la vitesse, savait les ruses. D’un côté le coup de poing primitif, sauvage, inculte, à l’état d’ignorance; de l’autre le coup de poing de la civilisation, Helmsgail combattait autant avec ses nerfs qu’avec ses muscles et avec sa méchanceté qu’avec sa force; Phelem-ghe-madone était une espèce d’assommeur inerte, un peu assommé au préalable. C’était l’art contre la nature. C’était le féroce contre le barbare.
Il était clair que le barbare serait battu. Mais pas très vite. De là l’intérêt.
Un petit contre un grand. La chance est pour le petit. Un chat a raison d’un dogue. Les Goliath sont toujours vaincus par les David.