Du reste, la torture n’a jamais existé en Angleterre. C’est l’histoire qui le dit. L’aplomb de l’histoire est beau.
Mathieu de Westminster prend acte de ce que «la loi saxonne, fort clémente et débonnaire», ne punissait pas de mort les criminels, et il ajoute: «On se bornait à leur couper le nez, à leur crever les yeux, et à leur arracher les parties qui distinguent le sexe.» Seulement!
Gwynplaine, hagard au haut de l’escalier, commençait à trembler de tous ses membres. Il avait toutes sortes de frissons. Il cherchait à se rappeler quel crime il pouvait avoir commis. Au silence du wapentake venait de succéder la vision d’un supplice. C’était un pas de fait, mais un pas tragique. Il voyait s’obscurcir de plus en plus la sombre énigme légale sous laquelle il se sentait pris.
La forme humaine couchée à terre râla une deuxième fois.
Gwynplaine eut l’impression qu’on lui poussait doucement l’épaule.
Cela venait du wapentake.
Gwynplaine comprit qu’il fallait descendre.
Il obéit.
Il s’enfonça de marche en marche dans l’escalier. Les degrés avaient un plat-bord très mince, et huit ou neuf pouces de haut. Avec cela pas de rampe. On ne pouvait descendre qu’avec précaution. Derrière Gwynplaine descendait, le suivant à la distance de deux degrés, le wapentake, tenant droit l’iron-weapon, et derrière le wapentake descendait, à la même distance, le justicier-quorum.
Gwynplaine en descendant ces marches sentait on ne sait quel engloutissement de l’espérance. C’était une sorte de mort pas à pas. Chaque degré franchi éteignait en lui de la lumière. Il arriva, de plus en plus pâlissant, au bas de l’escalier.