Gwynplaine, sans plus de bruit qu’un glissement, monta le marchepied de la baraque, y entra, décrocha son capingot et son esclavine, endossa le capingot, mit l’esclavine à son cou et redescendit de la cahute, toujours caché par l’espèce d’encombrement que faisaient la cabane, les agrès et le mât.

Dea continuait de murmurer, elle remuait les lèvres, et peu à peu ce murmure devint une mélodie. Elle ébaucha, avec les intermittences et les lacunes du délire, le mystérieux appel qu’elle avait tant de fois adressé à Gwynplaine dans Chaos vaincu. Elle se mit à chanter, et ce chant était vague et faible comme un bourdonnement d’abeille:

Noche, quita te de alli,
La alba canta...[33]

[33] Nuit, va-t’en. L’aube chante.

Elle s’interrompit:

—Non, ce n’est pas vrai, je ne suis pas morte. Qu’est-ce que je disais donc? Hélas! je suis vivante. Je suis vivante, et il est mort. Je suis en bas, et il est en haut. Il est parti, et moi je reste. Je ne l’entendrai plus parler et marcher. Dieu nous avait donné un peu de paradis sur la terre, il nous l’a retiré. Gwynplaine! c’est fini. Je ne le sentirai plus près de moi. Jamais. Sa voix! je n’entendrai plus sa voix.

Et elle chanta:

Es menester a cielos ir...[34]
... Dexa, quiero,
A tu negro
Caparazon.

[34] Il faut aller au ciel... ...Quitte, je le veux, Ta noire
enveloppe!

Et elle étendit la main comme si elle cherchait où s’appuyer dans l’infini.