—Mon frère, vous voyez un coupable, un criminel, un misérable, un libertin, un homme énorme! Mon cher frère, Jehan a fait de vos conseils paille et fumier à fouler aux pieds. J’en suis bien châtié, et le bon Dieu est extraordinairement juste. Tant que j’ai eu de l’argent, j’ai fait ripaille, folie et vie joyeuse. Oh! que la débauche, si charmante de face, est laide et rechignée par derrière! Maintenant je n’ai plus un blanc, j’ai vendu ma nappe, ma chemise et ma touaille, plus de joyeuse vie! la belle chandelle est éteinte, et je n’ai plus que la vilaine mèche de suif qui me fume dans le nez. Les filles se moquent de moi. Je bois de l’eau. Je suis bourrelé de remords et de créanciers.
—Le reste? dit l’archidiacre.
—Hélas! très cher frère, je voudrais bien me ranger à une meilleure vie. Je viens à vous, plein de contrition. Je suis pénitent. Je me confesse. Je me frappe la poitrine à grands coups de poing. Vous avez bien raison de vouloir que je devienne un jour licencié et sous-moniteur du collége de Torchi. Voici que je me sens à présent une vocation magnifique pour cet état. Mais je n’ai plus d’encre, il faut que j’en rachète; je n’ai plus de plumes, il faut que j’en rachète; je n’ai plus de papier, je n’ai plus de livres, il faut que j’en rachète. J’ai grand besoin pour cela d’un peu de finance. Et je viens à vous, mon frère, le cœur plein de contrition.
—Est-ce tout?
—Oui, dit l’écolier. Un peu d’argent.
—Je n’en ai pas.
L’écolier dit alors d’un air grave et résolu en même temps:—Eh bien, mon frère, je suis fâché d’avoir à vous dire qu’on me fait, d’autre part, de très belles offres et propositions. Vous ne voulez pas me donner d’argent?—Non?—En ce cas, je vais me faire truand.
En prononçant ce mot monstrueux, il prit une mine d’Ajax, s’attendant à voir tomber la foudre sur sa tête.
L’archidiacre lui dit froidement:
—Faites-vous truand.