II
FAITES-VOUS TRUAND
L’archidiacre, en rentrant au cloître, trouva à la porte de sa cellule son frère Jehan du Moulin qui l’attendait, et qui avait charmé les ennuis de l’attente en dessinant avec un charbon sur le mur un profil de son frère aîné enrichi d’un nez démesuré.
Dom Claude regarda à peine son frère. Il avait d’autres songes. Ce joyeux visage de vaurien dont le rayonnement avait tant de fois rasséréné la sombre physionomie du prêtre était maintenant impuissant à fondre la brume qui s’épaississait chaque jour davantage sur cette âme corrompue, méphitique et stagnante.
—Mon frère, dit timidement Jehan, je viens vous voir.
L’archidiacre ne leva seulement pas les yeux sur lui.
—Après?
—Mon frère, reprit l’hypocrite, vous êtes si bon pour moi, et vous me donnez de si bons conseils que je reviens toujours à vous.
—Ensuite?
—Hélas! mon frère, c’est que vous aviez bien raison quand vous me disiez:—Jehan! Jehan! cessat doctorum doctrina, discipulorum disciplina. Jehan, soyez sage, Jehan, soyez docte, Jehan, ne pernoctez pas hors le collége sans occasion légitime et congé du maître. Ne battez pas les Picards, noli, Joannes, verberare Picardos. Ne pourrissez pas comme un âne illettré, quasi asinus illitteratus, sur le feurre de l’école. Jehan, laissez-vous punir à la discrétion du maître. Jehan, allez tous les soirs à la chapelle et chantez-y une antienne avec verset et oraison à madame la glorieuse vierge Marie.—Hélas! que c’étaient là de très excellents avis!
—Et puis?